Société des lettres de l'Aveyron » Histoire

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Elie Cabrol, le créateur du prix

Posté le : 27-01-1984 | Par : Société des lettres | Dans : Histoire, Prix Cabrol

Le 25 février 1906, la Société des lettres, sciences et arts de l’Aveyron, fut saisie de l’extrait du testament d’Elie Cabrol, décédé quelques mois plus tôt.

Né à Rodez en 1829, Elie Cabrol était issu d’une ancienne famille aveyronnaise dont plusieurs représentants avaient joué un rôle, parfois de premier plan, dans l’histoire récente du département. Son père, notamment, avait été l’un des fondateurs des houillères du bassin de Decazeville, auxquelles il avait communiqué une exceptionnelle puissance économique.

Fils d’un scientifique de haut niveau, Elie, au contraire, se révéla très vite artiste et esthète. Après avoir conquis ses grades universitaires au Collège Louis le Grand, à Paris, et jouissant d’une aisance confortable, il accomplit de nombreux voyages, séjournant volontiers en Italie et en Grèce, où il affinait, grâce à l’étude et à la contemplation des chefs-d’oeuvre antiques le goût déjà très sûr dont il était naturellement pourvu. Aimant et protégeant les artistes, lui-même écrivain et poète, il noua de fécondes amitiés dans les milieux intellectuels et mondains de la capitale, à l’époque du Second Empire, puis de la Troisième République. La connaissance approfondie des cercles les plus fermés lui facilita cette carrière d’honnête homme éclairé et de fin dilettante que les conditions économiques autorisaient encore, à la fin du XIXe siècle, à certains esprits particulièrement délicats… et suffisamment fortunés.

La plupart de ses oeuvres (comédies, poésies, souvenirs de voyages) parurent en général en édition de luxe à tirage très restreint. Elles deviendraient excessivement rares, mais dès l’origine, elles étaient évidemment réservées à une élite d’amateurs et ne connurent jamais la diffusion qu’elles eussent peut-être méritée.

Le 4 juin 1903, deux ans avant sa mort, ce Parisien qui n’avait jamais cessé d’être aveyronnais du fond du coeur rédigea son testament. Il chargeait sa cousine, Marthe de Coppens d’Hondschoote, épouse de Gilbert de Féligonde de Ronnet, qu’il avait constituée légataire universelle, de remettre à la Société des lettres, sciences et arts de l’Aveyron une somme de vingt mille francs. Cette somme devait être utilisée à l’achat d’un titre de rente française inaliénable, dont les arrérages seraient employés à encourager ou à récompenser les écrivains et les artistes aveyronnais les plus remarquables. Il laissa à la Société le soin de rédiger un règlement à cet effet. Dès que celle-ci eût été mise en possession du legs, une commission mit au point le règlement en cause. Il était essentiellement stipulé que le montant de la rente annuelle, soit la somme de six cent trente francs serait employé, soit à l’achat d’oeuvres d’artistes aveyronnais, soit au couronnement d’ouvrages d’écrivains aveyronnais, soit enfin à des subventions destinées à favoriser les études de jeunes artistes peu fortunés de l’Aveyron.

Suivant la volonté même du testateur, que ce règlement respectait scrupuleusement, le prix fut attribué, suivant les circonstances, à des scientifiques, comme le chanoine Hippolyte Coste, à des historiens, comme Fernand de Barrau, à des peintres, des sculpteurs, et même à des artisans, dont la qualité esthétique de leurs productions élevait l’industrie au niveau d’un art véritable.

Malheureusement, Elie Cabrol partageait, avec tous les bienfaiteurs qui, à cette époque, léguèrent des capitaux à des collectivités, l’illusion d’une stabilité perpétuelle. La Grande Guerre allait cruellement balayer ces chimères ! Dès l’armistice de 1918, la monnaie se déprécia chaque année davantage, au point que, progressivement, la récompense allouée aux lauréats s’amenuisa jusqu’à ne représenter qu’une aide purement symbolique.

La seconde guerre mondiale porta le coup de grâce à l’intérêt matériel de la Fondation Cabrol. Attribué seulement quatre fois entre 1926 et 1948, le dernier prix en numéraire fut remis, cette année là, à l’archéologue Alexandre Albenque. Encore avait-il été élevé, pour éviter une insignifiance qui l’eût rendu dérisoire, à 10 000 F.

Les arrérages du capital Cabrol – et, d’ailleurs, les ressources de la Société des lettres – ne permettaient plus d’observer les clauses du règlement élaboré en 1907. Pourtant, depuis une quarantaine d’années, le prix avait acquis un tel prestige que personne n’eût envisagé de le voir disparaître  et, lorsqu’en 1966, la poétesse Christiane Burucoa reçut une simple médaille spécialement frappée pour la circonstance, l’éclat de la distinction fut loin d’en être terni et parut même revêtir une valeur symbolique accrue.

Depuis cette date, tous ceux qui furent couronnés ont, à des titres divers, laissé – ou laisseront – un nom dans les lettres, les arts ou les sciences rouergats.